La première tentative de voyage humain hors de l'atmosphère terrestre est aujourd'hui considérée comme l'une des plus extraordinaires prouesses accomplis par l'homme. Lorsque le 12 avril 1961, Youri Gagarine s'installe à bord du premier véhicule spatial habité de l'histoire, il est au même titre que Louis Blériot cinquante-trois ans plus tôt, un authentique pionnier. Un demi siècle plus tard, son vaisseau Vostok 1 semble volontiers primitif à côté du Shuttle et des ses multiples ordinateurs de bord comme la navette paraîtra probablement primitive à côté des engins des années 2060. Mais il y a cinquante ans, ce vaisseau - comme son concurrent américain Mercury -, constitue le nec plus ultra de la technologie aérospatiale pour découvrir un milieu particulièrement hostile. Une mission que l'on assigne à ce jeune pilote de chasse de vingt-sept ans au regard un peu rêveur. Sélectionné parmi plus de trois mille candidats, c'est lui l'heureux élu qui est le premier à s'aventurer hors de l'atmosphère terrestre à bord d’une boule métallique de 4,7 tonnes baptisée « Orient ».

A 6h07 TU, Sergueï Korolev, le Constructeur général (et concepteur du lanceur R-7), regarde avec fierté la fusée s'élèver vers l’espace, avec son tout premier passager humain. Youri Gagarine est un pionnier. En cent huit minutes, il va accomplir le plus rapide tour du monde jamais entrepris avant lui. Il survole la Sibérie, le Kamtchaka, le Pacifique Nord, ... À vingt-huit mille kilomètres par heure, cela va très vite. D'autant qu’il rend compte, presque minute par minute, de son état physiologique et psychologique. Le premier homme à oser s'aventurer dans l'espace est en fait plus un passager qu'un pilote. Si le vol se déroule sans problème, Gagarine encaisse tout de même dix G lors de la rentrée. Une fois arrivé à sept mille mètres, il s'éjecte au-dessus de la Volga pour atterrir suspendu à son parachute dans la région de Saratov. Une femme quelque peu apeurée et sa fillette se demandent bien qui est cet être étrange casqué et vêtu en orange tombé du ciel. "Je suis des vôtres !", leur dit-il. Ces cent-huit minutes seront les seules de Youri Gagarine dans l'espace qui devient, bien malgré lui, un outil de propagande au service de l'URSS comme le deviendront Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins, huit ans plus tard à leur retour de la mission Apollo 11.

Malheureusement, Gagarine connaît une fin prématurée en se tuant le 27 mars 1968 lors d'un vol d'entraînement sur un Mig 17. Son souhait de repartir une nouvelle fois dans l'espace ne sera jamais exaucé. L'URSS perd un héros national, mais son exploit a amorcé les débuts de la conquête spatiale. Des missions de plus en plus longues suivront avant l'ère des stations spatiales et surtout l'ère de la collaboration dans l'espace telle que nous la connaissons. Aujourd'hui, l'Espace est l'affaire de toutes les nations et pas seulement de deux pays s'affrontant dans un bras de fer. Cinquante ans après la première incursion humaine hors de notre atmosphère, la présence de l'homme en orbite s'est banalisée. Les médias n'accordent plus vraiment d'attention aux exploits astronautiques alors que l'Espace est omniprésent dans nos vies par le biais de multiples services employés quotidiennement dont le GPS, les télécommunications ou encore l'observation de la Terre. Malheureusement, cinquante ans après le vol de Youri Gagarine, la "nouvelle frontière" reste désespérement bloquée à l'orbite basse.